Les cités perdues de Chaux
Quinze villages vivaient sous les chênes. La forêt n'en a rendu qu'un seul.
La forêt de Chaux est l'une des plus grandes forêts de feuillus de France : plus de 20 000 hectares de chênes, de hêtres et de charmes, entre la Loue et le Doubs. Aujourd'hui, on s'y promène dans le silence. Pourtant, pendant des siècles, elle a été pleine de vie.
Au cœur des bois vivaient des familles entières de bûcherons, de charbonniers, d'écorceurs et de flotteurs, qui faisaient descendre le bois sur les rivières. Vers 1830, ils étaient environ six cents, répartis dans quinze hameaux installés dans des clairières. Ces villages n'avaient pas de nom, seulement un numéro : celui de la parcelle de forêt où ils se trouvaient. Chacun avait ses maisons, ses granges, son four à pain et son potager.
Leur bois et leur charbon nourrissaient les feux de toute la région : les forges, les tuileries, la Saline royale d'Arc-et-Senans, et la verrerie de La Vieille-Loye, où serait né le clavelin du vin jaune.
Après la Seconde Guerre mondiale, la vie en forêt s'est arrêtée. Les hameaux ont été abandonnés, et les arbres ont repris leur place. Un seul a survécu : le hameau numéro 14. Ses vieilles maisons, restaurées, racontent encore cette vie disparue.
À quelques kilomètres, l'architecte Ledoux avait rêvé d'une autre cité : une ville idéale tout entière, organisée en cercles autour de la Saline royale. Elle n'a jamais été construite. Chaux a donc deux cités perdues : celles qui ont existé et que la forêt a reprises, et celle qui n'a jamais existé que sur le papier.
On dit que la forêt n'est jamais vraiment vide. Les anciens y voyaient passer la Vouivre, des fées, et les fouletots, petits lutins farceurs. Et aux Baraques du 14, un vieux chêne recueille encore les vœux que les visiteurs glissent dans son écorce.
Pendant des siècles, le bois de Chaux a fait vivre tous les feux du pays. Ce soir, cette flamme est pour les quinze villages.
À voir Les Baraques du 14 à La Vieille-Loye, leur chêne à vœux, et la Saline royale d'Arc-et-Senans.