La Chasse infernale
Une nuit de Noël, sur un lac gelé du Haut-Jura, un seigneur trop orgueilleux est parti chasser pour toujours.
Au XVe siècle, sur le plateau du Grandvaux, une bête que personne n'arrive à voir de près sème la terreur. Chaque nuit, elle tue des moutons, éventre des vaches et saccage les champs. Les paysans n'osent plus sortir après le coucher du soleil.
L'abbé de l'abbaye du Grandvaux les réunit dans son église pour prier ensemble contre la Bête. Mais le seigneur du lieu, le Sire de la Ferté, se moque d'eux. Il ne croit qu'à ses chiens et à ses armes. Il jure de traquer la Bête, et de la poursuivre jusqu'en enfer s'il le faut. L'abbé, indigné, le maudit.
La nuit de Noël, pendant que tout le village est à la messe, la neige tombe à gros flocons. Au loin résonnent une trompe de chasse et des aboiements. La Bête surgit près de l'abbaye, le seigneur et sa meute sur les talons. L'abbé lève sa crosse pour leur barrer la route, mais la Bête lui échappe et file vers le lac gelé.
Le chasseur et ses chiens s'élancent derrière elle sur la glace. Un craquement immense déchire la nuit. La glace s'ouvre, et la Bête, le seigneur et toute sa meute disparaissent dans l'eau noire. On ne les a jamais revus.
Depuis, les soirs d'hiver, quand le lac est pris par le gel, on entend parfois monter de la glace des grondements, des plaintes, des sortes d'aboiements lointains. Les anciens du Grandvaux disent que c'est la Chasse infernale qui court encore sous le lac. Les savants, eux, expliquent que la glace se dilate et se contracte avec le froid, et qu'un lac gelé peut réellement « chanter ». À vous de choisir votre explication.
Ce soir, restez au chaud près de la flamme. Dehors, sur le lac, la chasse n'est peut-être pas finie.
À faire Le tour du lac de l'Abbaye, sur le plateau du Grandvaux, et le belvédère du Moulin pour la vue sur le plateau.