L'Œil de la Vouivre
Une créature de feu, une pierre qui brille dans la nuit, et une richesse que personne n'a jamais su garder.
Dans les vallées du Jura, les anciens parlaient d'une créature qu'il valait mieux ne pas croiser au bord de l'eau : la Vouivre. Serpent ailé pour les uns, femme à moitié serpent pour les autres, elle traversait le ciel des soirs d'été comme une traînée de braise.
Sur son front brillait une escarboucle, une pierre rouge si lumineuse qu'elle lui servait d'œil pour voir dans l'obscurité. La Vouivre aimait se baigner dans les sources et les lacs. Pour plonger, elle devait ôter sa pierre et la poser sur la rive.
On disait que celui qui parviendrait à la saisir à cet instant deviendrait plus riche que tous les seigneurs de la Comté. Beaucoup ont guetté ce moment, cachés dans les roseaux. Les récits disent rarement comment ils sont rentrés chez eux.
La légende a traversé les siècles de veillée en veillée, jusqu'à inspirer l'écrivain Marcel Aymé, qui a grandi dans un village du Jura et en a tiré un roman.
Ce soir, la flamme devant vous brille un peu comme son escarboucle. Celle-ci, personne ne viendra vous la reprendre.